Rapport: Qu’est-ce qui se passe en Turquie (Français)

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Chers amis,

Vous êtes probablement déjà au courant de ce qui se passe en Turquie en ce moment.

Ce qui a commencé comme un sit-in pacifique sur la place Taksim d’Istanbul, pour

protester contre la construction d’un centre commercial en lieu et place d’un parc (Gezi

Park), l’un des rares espaces verts au cœur de la ville, s’est transformé en une

insurrection dans tout le pays contre le despotisme du Premier ministre Recep Tayyip

Erdoğan et son régime. Mes collègues de l’Agence AnatoliaLit et moi sommes

descendus dans les rues afin de manifester chaque fois que cela était nécessaire.

Nous étions à Taksim, lorsque le mouvement de résistance a commencé à gagner du

terrain vendredi après-midi, et nous avons tous souffert en ayant reçu des jets de spray

au poivre et de gaz lacrymogène que la police a fait pleuvoir sur des manifestants.

(Comme certains d’entre vous le savent déjà, j’ai été frappé dans le dos par une bombe

de gaz poivre, le vendredi soir. Cela m’a fait mal au point que j’avais l’impression que

quelqu’un jetait une brique directement dans mon dos. Excepté quelques douleurs, je me

porte mieux à présent.)

Les manifestations se poursuivent dans tout le pays, de même que la brutalité policière.

Jusqu’à présent, il est confirmé qu’une personne est morte tandis que deux personnes

sont dans un état critique, et près de 2.000 ont été blessés. (Ces chiffres sont contestés et

il est difficile de connaître les vrais dommages causés en raison de fausses informations

qui circulent dans les médias sociaux. En revanche, j’ose soutenir que les chiffres sont

plus probablement sous-estimés que surestimés.)

Cette protestation a été lancée au Parc Gezi par une coalition rassemblant écologistes,

militants des droits de l’homme, féministes, militants LGBTT, anarchistes et des

groupes de gauche, y compris le formidable groupe des Musulmans Anticapitalistes, qui

n’a eu aucun scrupule à s’aligner avec ces groupes. Ces groupes ont protesté non

seulement contre la construction d’un centre commercial dans le parc, mais aussi contre

l’emprisonnement des écrivains, des journalistes et des militants des droits de l’homme,

le Massacre de Roboski (Uludere) commis en Décembre 2011 et lors duquel 34 civils

kurdes ont été tués, l’attentat Reyhanli plus tôt cette année (c’est seulement aujourd’hui

que les arbres du parc ont été nommées en hommage aux victimes des deux incidents),

la discrimination rampante et les attaques contre les minorités, la hausse des fémicides,

bref, les abus flagrants et multiples dont ce régime a été – au pire – directement

responsable ou – au mieux – sur lequel ce même régime a fermé les yeux sur.

Il est important de souligner que ce mouvement n’était pas dirigé par des nationalistes

turcs. Au contraire, à l’avant-garde du mouvement sont des gens qui luttent pour les

droits humains à travers le conseil d’administration (pour ne pas mentionner les

militants des droits des animaux, parmi lesquels l’on retrouve ceux qui dirigent la

cuisine à Gezi Park et demandent spécifiquement des dons d’aliments végétariens et

végétaliens). Alors que nous nous félicitons de l’appui de gens issus de tous les

horizons, il est important que ce mouvement ne soit pas détourné par les nationalistes.

Oui, le Parti républicain du peuple a pris la rue à l’appui de la révolte contre Erdoğan.

Cependant, un grand contingent qui est en désaccord avec eux brandissent des drapeaux,

sur lesquels on peut notamment lire «Nous sommes tous Turcs, nous sommes tous

Atatürk». Ces drapeaux étaient omniprésents lors de la manifestation à laquelle nous

avons assisté hier soir dans notre partie de la ville. Ce dernier est un slogan tiré de

«Nous sommes tous Arméniens, nous sommes tous Hrant Dink», et qui a été chanté par

plus de deux cent mille personnes qui sont descendues dans les rues pour les funérailles

du journaliste Hrant Dink. Hrant était un citoyen d’origine arménienne de la République

turque qui a été assassiné par un nationaliste turc en 2007. Pervertir ce chant, créé en

signe de solidarité avec une minorité persécutée, n’est pas pire ou moins sensible que le

plan du Premier ministre Erdoğan visant à nommer le troisième pont à Istanbul – une

autre privatisation très contestée de l’espace public qui se traduira par l’abattage de 2,5

millions d’arbres – d’après le nom un sultan ottoman responsable de l’extermination

d’un grand nombre d’Alevis dans tous le pays (dénomination qui désigne une branche

musulmane non sunnite, à laquelle deux de nos collègues à AnatoliaLit appartiennent).

Je signale tout cela de façon brève pour illustrer la complexité des questions qui sont en

jeu aujourd’hui. Oui, nous nous opposons à toute la privatisation sauvage des espaces

publics, nous désirons tous un changement de régime, et il est important que nous

soyons unis sur tous les fronts en ce moment. Cependant, chacun d’entre nous de se

mettre d’accord sur ce à quoi les changements attendus devraient correspondre. Gardez

cela à l’esprit, méfiez-vous de ce que vous lisez dans les nouvelles. La presse

occidentale est très habile lorsqu’il s’agit de dépeindre les faits et gestes dans cette

partie du monde à travers des jumelles néo-orientalistes. En tant que consommateurs de

nouvelles, s’il vous plaît rester vigilant!

Le Premier ministre Erdoğan a déclaré que «Nous pouvons à peine contenir les

cinquante pour cent», expression par laquelle il désigne les cinquante pour cent de

suffrages qui ont voté pour son parti. En disant cela, il appelle en effet ses partisans à

descendre dans la rue. Ils ont déjà commencé à le faire, mais pas encore en grand

nombre. Cela pourrait changer à tout moment.

Nous n’avons pas d’autre choix que de nous préparer au pire et espérer le meilleur. Cela

dit, nous sommes pleins d’espoir, en effet, beaucoup d’espoir. Les pertes subies ne

seront pas vaines. Le marché boursier turc peut toucher le fond et les entreprises (y

compris notre métier!) peuvent en souffrir. Mais, comme le dit Annie, «Le soleil sortira

demain ».

Alors, s’il vous plaît supportez-nous dans ce que nous engageons et qui pourrait très

bien être une révolution. Si nous obtenons un peu de retard dans l’envoi de ce courrier

électronique, nous espérons que vous comprendrez!
Meilleurs vœux,

Amy Spangler and the rest of the AnatoliaLit Team: Dilek Akdemir, Ayşe Baykal, Eda Çaça, Muhtesim Güvenç, Zarife Kaya

Traducteur: Müge Kalender

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